Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
In Ephata (Fayard, 1988) II, p. 213

« Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique »

      Dieu ne pouvait-il point fournir au monde un autre remède que celui de la mort de son Fils? 0 certes, il le pouvait bien faire, et par mille autres moyens que celui-là ; car n'était-il pas en sa puissance de pardonner à la nature humaine d'un pouvoir absolu et par pure miséricorde, sans y faire entrevenir la justice et sans l'intermission d'aucune créature? Il le pouvait sans doute ; et qui en eût osé parler ou y trouver à redire ? Personne, car il est maître souverain et peut tout ce qu'il lui plaît. Ou encore, s'il se voulait servir pour cette rédemption de l'entremise de quelque créature, n'en pouvait-il pas créer une d'une telle excellence et dignité que, par ce qu'elle eût fait ou souffert, elle eût suffisamment satisfait pour les péchés de tous les hommes ? Assurémént, et il pouvait nous racheter par mille autres moyens que celui de la mort de son Fils.

      Mais il ne l'a pas voulu, car ce qui était suffisant à notre salut ne l'était pas à assouvir son amour; et pour nous montrer combien il nous aimait, ce divin Fils est mort de la mort la plus rude et ignominieuse qui est celle de la croix.