« Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » Jn 6, 68



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Le vendredi de la 4e semaine de Pâques
Commentaire du jour
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Manuscrit autobiographique A, 2r°- 3r°

« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures »

      Longtemps, je me suis demandé pourquoi le Bon Dieu avait des préférences, pourquoi toutes les âmes ne recevaient pas un égal degré de grâces... Jésus a daigné m'instruire de ce mystère, il a mis devant mes yeux le livre de la nature et j'ai compris que toutes les fleurs qu'il a créées sont belles, que l'éclat de la rose et la blancheur du lys n'enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette. J'ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes.



      Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints qui peuvent être comparés au lys et aux roses mais il en a créé aussi de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d'être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les regards du Bon Dieu lorsqu'il les abaisse à ses pieds. La perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu'il veut que nous soyons.



      J'ai compris encore que l'amour de notre Seigneur se révèle aussi bien dans l'âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l'âme la plus sublime ; en effet le propre de l'amour étant de s'abaisser, si toutes les âmes ressemblaient à celles des saints docteurs qui ont illuminé l'Église par la clarté de leur doctrine, il semble que le Bon Dieu ne descendrait pas assez bas en venant jusqu'à leur cÅ“ur. Mais il a créé l'enfant qui ne sait rien et ne fait entendre que de faibles cris, il a créé le pauvre sauvage n'ayant pour se conduire que la loi naturelle et c'est jusqu'à leur cÅ“ur qu'il daigne s'abaisser : ce sont là ses fleurs des champs dont la simplicité le ravit... En descendant ainsi le Bon Dieu montre sa grandeur infinie. De même que le soleil éclaire en même temps les cèdres et chaque petite fleur comme si elle était seule sur la terre, de même notre Seigneur s'occupe aussi particulièrement de chaque âme que si elle n'avait pas de semblables.



 
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